Enquête de Xof, le renard en quête !

Dans une forêt des Ardennes, vivait un renard Xof, très rusé, toujours à la recherche d’histoires, de rumeurs sur la vie secrète des animaux de la forêt, les nuits de pleine lune.

A l’affût d’un moindre indice, et vivant seul dans sa tanière, il passait la plus grande partie de son temps, de jour comme de nuit (car son cerveau en éveil constant ne lui demandait que peu d’heures de récupération), tous les éléments qu’il avait pu glaner auprès des autres animaux diurnes et nocturnes de la forêt.

Il amassait ainsi, quantité d’informations et d’indices qu’il reliait en échafaudant des hypothèses plus invraisemblables les unes que les autres et inventant des histoires rocambolesques, qui faisaient rire ses congénères et cela l’attristait.

Puis, un jour, un vieux renard agonisant lui parla, des renardeaux de la mare Riorim, qui n’apparaissaient que les soirs de pleine lune, mais seulement un par un et qui nécessitaient d’être apprivoisés pour exprimer d’où ils venaient et raconter leur histoire…

Bien que les autres congénères considéraient ce vieux renard, comme fou, Xof sentit au fond de lui comme des picotements, ce qui était pour lui, le signe qu’il était sur une piste intéressante.

Il se mit donc en quête de la mare Riorim, achetant les parchemins anciens de la forêt dans les brocantes et les rêderies des clairières.

Le soir venu, il les étudiait à la bougie, recopiait les parchemins trouvés en les simplifiant, il se sentait l’âme d’un détective, mandaté sur une enquête secrète !

Une nuit où il avait fini de recopier les derniers parchemins simplifiés, il les superposa et en éclairant par-dessous avec la bougie, il fut surpris de constater que toutes les clairières répertoriées formaient un immense cercle.
En cherchant son centre, il découvrit une zone non répertoriée.

Il tenait la clef, c’était sûr ! Son cœur battait la chamade. Il regarda le calendrier lunaire, la pleine lune avait lieu demain soir…
Satisfait, il alla se coucher, mais excité par sa découverte, il ne put dormir facilement et tarda à trouver le sommeil qui fut très agité, il voyait des renardeaux courir dans tous les sens, mais ils n’avaient pas vraiment de museau…

Le lendemain, bien que fatigué, il passa sa journée à concocter des ingrédients pour apprivoiser les renardeaux…
Mais, peut-être n’aimeraient-ils pas ce qu’il cuisinait ?
Il avait des tas de questions qui s’accumulaient dans sa tête, par laquelle devrait-il commencer ?

Sa tête chauffait mais il continuait, persuadé de détenir la vérité.

Enfin, la nuit tomba. Il s’habilla chaudement, mit sa fourrure et prit sur son dos tous les éléments préparés, sa carte détaillée avec toutes ses inscriptions, un ver luisant pour lire sa carte et ses griffes, on ne sait jamais…

Après quelques heures de marche, vers 22h, il arriva près de la zone non explorée et non répertoriée.
La végétation devenait plus dense, l’ambiance était lourde bien que silencieuse et cela le rendait nerveux, son mental s’affolait.

Xof était surpris, il s’attendait à percevoir d’étranges bruits mais il n’y avait que ce silence qui planait dans cette pénombre de buissons.
La lune montait tranquillement dans la nuit noire et ses rayons commençaient à percer la végétation touffue.

Xof perçut un reflet au loin, cela devait être la mare… En effet, s’approchant, il découvrit une mare sombre qui se trouvait coincée entre sept arbres exotiques dont les lianes descendaient dans l’eau telles des mangroves.

Ne pouvant accéder facilement à la mare à cause de l’épaisseur et de l’enchevêtrement des lianes, il décida de grimper dans l’un des arbres, tout tordu qui permettait d’avoir un accès en hauteur au-dessus de la mare Riorim.

Il s’installa, déballant délicatement ses affaires et attendit patiemment qu’il soit minuit, la lune continuant son ascension vers le zénith nocturne.
Puis, vint le moment tant attendu, mais des nuages empêchaient de distinguer la surface de la mare, pourtant il en était persuadé, il entendait des bruits provenant des pieds des arbres, le long des lianes qui plongeaient dans la mare Riorim.

Xof s’impatientait quand soudain, un nuage se divisa en deux traînées, laissant la pleine lune refléter ses rayons vers la mare…
Et là, Xof aperçut un renardeau qui le regardait fixement.

Surpris, Xof en oubliait ses présents cuisinés. Pas un bruit ne filtrait l’atmosphère de la mare, Xof prit conscience qu’il devait faire un geste vers le renardeau, ce dernier paraissait sévère, il farfouilla dans les feuilles à la recherche d’une préparation, sentit une sucrerie, le tendit au renardeau, mais l’autre ne bougeait pas, alors il lui lança et celle-ci tomba dans la mare et le renardeau disparut.

Quelques minutes plus tard dans le silence revenu, Xof vit un autre renardeau plus souriant, ce dernier se tenait immobile sur une liane. Il renouvela son geste et l’autre attrapa le présent lorsqu’il toucha la surface et disparut dans la mare avec.

Xof était content : un premier contact peut-être. Puis, il attendit trente minutes au moins, avant qu’un autre renardeau pointe son museau vers lui. Ce dernier était visiblement apeuré et lorsque Xof lui tendit son présent, une feuille tomba dans la mare et il disparut aussitôt.

Il continua ainsi jusqu’aux premières lueurs de l’aurore et repartit vers sa tanière, satisfait bien qu’il n’avait pu échanger de paroles.

Le vieux renard avait dit vrai, les renardeaux existaient bien !
Il en avait compté six : le patibulaire, le rigolo, l’apeuré, le sérieux, le gentil et le toutfou.
Ils ne semblaient pas avoir le même âge, sans doute n’étaient-ils pas de la même portée…

Le lendemain soir, il revint plus décidé que jamais à établir le contact.
La pleine lune avait déjà commencé à tourner et la lumière était moins éclairante.
Xof dut se concentrer pour découvrir les renardeaux.
Il n’en vit cette nuit-là que trois : le sérieux, le patibulaire et le toutfou.

Seul, le sérieux accepta de lui parler, enfin, si l’on peut dire, car il s’exprimait par transmission de pensées.

Xof apprit ainsi qu’ils étaient tous issus d’une lointaine famille écossaise, qu’ils n’avaient plus de nouvelle de leurs parents et qu’ils se nommaient Fox.

Il y avait six renardeaux :
–    Fox Ser’Ious était l’aîné, c’est pourquoi il avait accepté d’engager la conversation, sûr de lui, rusé  et à même de jeter un sort à Xof si nécessaire,
–    Fox Sin’Ister était d’une nature rebelle, à l’apparence méchante et agressive, c’était un solitaire, qui était contre tout,
–    Fox Good’Fun, surnommé le Joker, faisait des farces toute la nuit à ses congénères, il était impossible de discuter sereinement avec lui, selon Fox Ser’Ious,
–    Fox Timor’Ous, le plus jeune des renardeaux, toujours caché derrrière une liane et constamment aux aguets, suivait de près Fox Ser’Ious et Fox Sin’Ister,
–    Fox Gent’Ile, était en fait une femelle de la portée de Fox Ser’Ious et Fox Sin’Ister, elle s’entendait bien avec ses frères car elle acceptait toujours tout et les suivait dans toutes leurs aventures nocturnes,
–    Fox Lun’Atic était étrange, cette femelle faisait des actes que les autres ne comprenaient pas toujours, très créative, elle inventait des systèmes pour pièger la lune, de plus en plus complexe, en fonction des mois qui s’écoulaient et passait de longs moments à méditer.

Xof se sentait proche de ces renardeaux, quelque chose en lui était touchée par leurs comportements, il semblait qu’ils les avaient toujours connus…

Xof avait noté tous les détails dans sa tête, aussi au petit matin en rentrant, il coucha tout cela sur écorce.
Seulement voilà, il devait attendre le mois suivant pour retrouver ses nouveaux compagnons.

Durant les nuits qui suivirent, il rêva des six renardeaux de la famille Fox, mais il avait du mal le matin à se remémorer ses rêves et cela l’agaçait au plus au point.
Plus il essayait de s’en souvenir moins il ne gardait d’éléments en mémoire.

Puis vint la pleine lune, il partit plus tôt que la fois dernière, bien décidé à échanger avec chacun d’entre eux, tour à tour.

Ce soir là, le ciel était découvert et un beau bleu nuit régnait, les étoiles scintillaient à travers les feuilles ballotées par le vent et Xof était détendu… Il se mit à rêver sur sa branche, sans se rendre compte du temps qui passait et la lune apparut dans la mare Riorim.

Réveillé par des pensées fugaces, Xof s’aperçut que les six Fox étaient en train de jouer dans la mare, l’observant d’un œil furtif et amusé. Il ne s’y attendait pas, étant donné ce qu’avait dit le vieux renard !

Bien calé, il tendit un présent à Fox Timor’Ous qui s’enfuit, mais les autres s’arrêtèrent de jouer et le questionnèrent :
–    Qui es-tu ?
–    Que veux-tu ?
–    Pourquoi venir perturber notre vie ?
–    Es-tu de notre famille ?

Il ne savait que répondre, il avait peur qu’ils soient déçus et qu’ils partent…
Puis, il décida de dire la vérité.

Il vivait seul, s’ennuyait, n’arrivait pas à nouer des relations fécondes avec les autres congénères et les renardes le fuyaient, il s’était donc réfugier dans la recherche d’histoires et un vieux renard lui avait narré leur existence.
Xof était son nom, sa famille était aussi d’Ecosse plus précisément des Highlands, du clan des Terr’Iers et il avoua ne pas savoir pourquoi son enquête depuis des années, l’avait amené ainsi en quête d’eux dans cette forêt des Ardennes franco-belges.

Fox Timor’Ous réapparut, rassuré, enfin, calé à Fox Sin’Ister !
C’est alors que chaque renardeau se mit à lui parler à toute vitesse déversant un flot ininterrompu d’histoires dans sa tête.
Xof était affolé, il n’avait jamais eu autant de pensées d’un coup, il ne pouvait plus analyser, il ne comprenait plus rien, devenait-il fou ?

Ainsi, en pleines pensées, il fit un faux mouvement, perdit l’équilibre et tomba dans la mare…
Les Fox disparurent aussitôt et Xof sous les rayons de la lune, dans le silence épais, comprit ce qui se passait.

La mare Riorim était magique, grâce aux rayons de la pleine lune, chaque mois, elle permettait à chaque animal en quête de lui-même, de se rencontrer…

Ce vieux renard était un sage et lui avait fait un sacré cadeau !

Xof comprit cette nuit-là, qu’il lui suffirait d’accueillir les Fox pour qu’ils soient avec lui à tout moment de la journée, car ils n’étaient que les reflets de ce qui l’animait depuis sa plus tendre enfance…
Il sourit, et les renardeaux réapparurent autour de lui dans la mare, c’était agréable, il suffisait de se regarder dans la mare et il se sentait aimé, avait envie d’aimer ces Fox.

Il les prit alors par la main et ensembles, dans la mare Riorim, ils dansèrent le Fox-Trot de la liberté retrouvée !

Richard Chaigneau